Neutre sur le contenu, directif sur le processus. Cette dissymétrie est le cœur du métier.
La posture est ce qui distingue un facilitateur d'une personne qui tient un paperboard. Elle ne se résume pas à une attitude bienveillante : c'est un ensemble de choix, tenus sous pression, qui rendent le travail collectif possible.
Neutre sur le contenu, jamais sur le processus. Le facilitateur n'a pas d'avis à défendre sur la solution : dès qu'il en prend un, il devient un participant de plus et le groupe cesse de lui faire confiance pour arbitrer. En revanche il est extrêmement directif sur la manière : qui parle, combien de temps, dans quel ordre, comment on décide. Cette dissymétrie est le cœur du métier.
Elle consiste à assumer de ne pas savoir. Le facilitateur n'est pas l'expert du sujet, et il le dit. Ce n'est pas de la modestie de façade : c'est ce qui autorise le groupe à devenir l'expert. Un facilitateur qui montre qu'il a compris avant tout le monde referme l'espace qu'il venait d'ouvrir.
Posture basse ne veut pas dire posture faible. On peut être très bas sur le contenu et très ferme sur le cadre. C'est même la seule combinaison qui fonctionne.
Le moment de vérité arrive toujours : quelqu'un veut aller plus vite, sauter une étape, ou clore le débat au motif que « tout le monde est d'accord ». Si le facilitateur cède, le groupe comprend que le cadre est négociable et la parole se referme. S'il tient, sans agressivité mais sans reculer, il vient de démontrer que l'espace est réellement protégé.
On ne l'obtient pas en annonçant qu'il n'y a pas de mauvaise idée. On l'obtient par la manière dont le premier désaccord est accueilli. Si la première objection est traitée avec sérieux, le reste du groupe comprend qu'il peut parler. Si elle est balayée, plus personne ne prendra le risque.
Une bonne question n'est pas une réponse déguisée. Elle ne cherche pas à faire deviner ce que le facilitateur a en tête : elle ouvre un territoire que personne n'avait exploré. Les questions les plus utiles sont souvent les plus simples : qu'est-ce qui nous empêche de décider aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'on évite de nommer ? Qu'est-ce qui serait vrai si on se trompait ?
Le silence est une information. Un groupe qui approuve trop vite, une personne qui n'a rien dit depuis une heure, un sujet qu'on contourne systématiquement : ce sont des signaux. Le rôle du facilitateur est de les nommer sans accuser personne, en parlant du système et pas des individus.
Dès que le facilitateur défend une solution, il devient un participant et perd son droit d'arbitrer le processus.
« On n'a pas le temps, avançons. » Si le cadre saute une fois, il ne tient plus du tout.
Le groupe cesse de chercher et attend la réponse du facilitateur.
Un groupe silencieux n'est pas un groupe d'accord. C'est souvent l'inverse.
Un outil qui ne sert plus l'objectif doit être abandonné en séance.
Sans ancrage explicite, l'énergie du jour ne survit pas à la semaine.
la-facilitation.com est édité par Insuffle, cabinet de facilitation stratégique et d'intelligence collective basé à Deauville, en Normandie, et par Insuffle Académie, sa branche formation certifiée Qualiopi. Les contenus sont écrits par Yoan Lureault, facilitateur de terrain depuis 15 ans.
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