À quoi ça sert
Un projet échoue rarement à cause d'un mauvais plan. Il échoue parce qu'on a oublié quelqu'un. Les représentants du personnel consultés trop tard. La direction financière qui découvre le budget en comité. L'assistante qui gère tous les agendas et qu'on n'a jamais prévenue.
La carte sert à repérer ces acteurs avant qu'ils ne se manifestent d'eux-mêmes. Elle sert aussi à décider qui associer, qui informer, qui convaincre, et dans quel ordre. Au lancement d'un projet, c'est souvent l'outil qui évite le plus d'ennuis pour le moins de temps.
D'où ça vient
L'analyse des parties prenantes est une pratique ancienne de la gestion de projet et de la stratégie. La grille la plus diffusée croise le pouvoir et l'intérêt des acteurs ; on l'attribue généralement à Aubrey Mendelow. Il en existe de nombreuses variantes, qui croisent par exemple l'influence et l'attitude, ou la proximité et l'engagement.
Les deux axes à tracer
La version la plus utile en atelier croise deux questions simples :
- En vertical, l'influence : cet acteur peut-il faire réussir ou échouer le projet ? Par son pouvoir formel, son budget, son réseau, ou sa capacité à bloquer.
- En horizontal, la position : est-il plutôt opposé, neutre ou favorable aujourd'hui, d'après ce qu'on sait vraiment ?
Le coin en haut à gauche, influents et opposés, mérite le plus de temps. Le coin en haut à droite, influents et favorables, est celui qu'on néglige : on les croit acquis, on cesse de les informer, et ils se refroidissent.
Ajoutez une information par un signe sur le post-it : le degré de certitude. Un acteur dont on devine la position n'est pas un acteur dont on la connaît.
Quand l'utiliser, quand l'éviter
Utilisez-la au démarrage d'un projet de changement, avant une négociation, pour préparer un séminaire dont les enjeux dépassent la salle, ou pour qu'un comité de pilotage cesse de parler de « ils » sans savoir qui.
Évitez-la quand le groupe ne connaît pas réellement les acteurs : vous obtiendrez des suppositions présentées comme des faits. Et prudence quand des personnes présentes figurent sur la carte. Écrire « opposé » sur le post-it de son voisin de table demande un cadre solide. Travaillez alors sur des groupes, « les chefs d'équipe de nuit », plutôt que sur des noms.
La consigne qui fait tout
- « Listez tous ceux qui seront touchés par ce projet, qui peuvent le freiner, ou qui devront faire quelque chose de différent lundi matin. Un acteur par post-it. Pensez aux absents. »
- « Pour chaque acteur placé, écrivez ce qu'il a à gagner et ce qu'il a à perdre. Pas ce qu'on aimerait qu'il pense. »
- « Qui, dans cette salle, a parlé à cet acteur ces trois derniers mois ? Si personne, mettez un point d'interrogation. »
La deuxième consigne fait toute la différence. Tant qu'on ne sait pas ce qu'un acteur a à perdre, on ne comprend pas sa position. On la juge.
Avec quoi la combiner
Après la carte, une carte d'empathie sur les deux ou trois acteurs clés approfondit ce qu'ils voient et ressentent. Un pre-mortem fait apparaître comment chacun pourrait, sans le vouloir, faire échouer le projet.