À quoi ça sert
Dans une réunion de lancement, le plan est présenté, le sponsor est enthousiaste, le calendrier est serré. Qui va lever la main pour dire « je n'y crois pas » ? Personne. Pas par lâcheté : parce que le cadre ne l'autorise pas. Celui qui doute passe pour celui qui freine.
Le pre-mortem change le cadre. L'échec n'est plus une hypothèse qu'on défend. C'est un fait posé par le facilitateur. La question devient « qu'est-ce qui s'est passé ? », et chacun peut y répondre sans passer pour un rabat-joie. Les risques sortent. Souvent, les plus graves sont ceux que tout le monde avait vus sans les dire.
D'où ça vient
La technique a été proposée par le psychologue Gary Klein, qui l'a décrite dans un court article de la Harvard Business Review en 2007. Elle s'est depuis largement diffusée dans la gestion de projet et la prise de décision.
Quand l'utiliser, et quand s'en passer
- Juste avant de lancer un projet important, quand le plan est assez précis pour être imaginé.
- Avant une décision difficile à défaire : réorganisation, déménagement, changement d'outil.
- En lancement de projet, après la présentation du plan et avant la répartition des rôles.
À éviter quand le projet est encore une idée floue : sans plan, les raisons d'échec restent vagues. À éviter aussi quand la décision est irrévocable et le groupe démoralisé. Lister les causes d'un échec qu'on ne peut plus empêcher, c'est juste déprimant. Là, une TRIZ sur les habitudes à arrêter sera plus utile.
La consigne qui fait tout
Tout repose sur le temps du verbe. « Qu'est-ce qui pourrait mal tourner ? » produit des précautions polies. « Le projet a échoué, pourquoi ? » produit des récits précis. Dites-le au passé, avec une date, et avec aplomb.
- « Nous sommes en juin de l'année prochaine. Le nouveau logiciel est abandonné, tout le monde est revenu aux fichiers Excel. Vous avez cinq minutes, seuls, pour écrire toutes les raisons de cet échec. »
- « Le séminaire de mars a eu lieu. Les participants en sont sortis plus divisés qu'avant. Que s'est-il passé ? »
- « Un an après la fusion des deux équipes, les meilleurs sont partis. Écrivez pourquoi. »
Variantes et combinaisons
En grand groupe, faites le tour en sous-groupes de cinq puis une récolte des trois causes les plus citées. En petit comité, faites écrire chacun sur des post-it, un par cause, et regroupez-les au mur.
Le pre-mortem se prolonge bien par une matrice impact effort sur les parades. Ou par un poing à cinq pour vérifier que le groupe croit encore au plan. Si le pre-mortem révèle un risque bloquant, la bonne suite n'est pas un outil. C'est une vraie conversation avec le sponsor.