Ce qui se passe vraiment
Ce n'est pas un bavard. Un participant qui monopolise prend la parole. L'expert prend la légitimité. Il peut parler peu, et chaque intervention clôt la discussion.
Son expertise est souvent réelle, et précieuse. Vous en avez besoin. Le problème n'est pas ce qu'il sait. C'est le moment où il le dit, et le poids que le groupe lui donne.
Parfois, il défend autre chose que des faits. Un projet qui remet en cause sa méthode, c'est un projet qui remet en cause des années de travail. Le « c'est impossible » veut alors dire « c'est inquiétant pour moi ».
Et le groupe l'arrange bien. S'en remettre à l'expert, c'est ne pas avoir à prendre de risque.
Sur le moment, que faire
Séparez le temps de l'expertise et le temps du groupe. Donnez-lui une place officielle, et bornée : « Vous connaissez ce sujet mieux que nous tous. Je vous propose dix minutes où le groupe vous pose toutes ses questions. Ensuite, je vais vous demander un service : garder votre avis pour la fin, et nous écouter. »
Transformez les verdicts en conditions :
- « C'est impossible dans les conditions actuelles, ou impossible tout court ? »
- « Qu'est-ce qu'il faudrait pour que ce soit possible ? »
- « Merci. Je note la contrainte au mur. Les autres, qu'est-ce que vous voyez d'autre ? »
La troisième phrase est la plus utile au quotidien. Elle prend sa remarque au sérieux, l'écrit, et rend immédiatement la parole au groupe. Il n'a pas été contredit, le groupe n'a pas été arrêté.
Utilisez des formats qui distribuent les rôles. Avec les six chapeaux d'Edward de Bono, le chapeau blanc des faits est son terrain, mais le chapeau vert des idées met tout le monde à égalité. En bocal, placez-le à l'extérieur, en écoute, pendant que les autres discutent. En troïka, il est celui qui écoute sans répondre.
Avant la session, comment l'éviter
Voyez-le avant. Pas pour le museler, pour lui donner un rôle. « Vous êtes la personne qui connaît le mieux les contraintes. J'ai besoin de vous à deux moments précis : pour répondre aux questions en début de séance, et pour tester la faisabilité des pistes à la fin. Entre les deux, j'aimerais que le groupe cherche sans filtre. Vous êtes d'accord ? »
Préparez une fiche de faits, partagée avec tout le monde en début d'atelier : contraintes réglementaires, techniques, budgétaires. L'information commune lui retire le monopole du savoir, sans lui retirer le mérite de l'avoir fournie.
Placez la séquence d'idées avant la séquence de faisabilité dans le déroulé. Toujours.
Après la session
Confiez-lui la relecture du plan d'action avec une consigne précise : « Pour chaque action, qu'est-ce qui la rendrait faisable ? » Pas « est-ce que c'est faisable ? ». La première question fait de lui un allié. La seconde, un juge.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire
- Le contredire sur le fond. Vous n'êtes pas l'expert, et votre neutralité y passe.
- Organiser un duel entre lui et un contradicteur.
- Le laisser répondre aux questions posées au groupe.
- L'écarter de l'atelier. Il bloquera la mise en œuvre.