Ce qui se passe vraiment
Un silence n'est pas un refus. Il y en a au moins quatre sortes, et elles ne se traitent pas pareil. Regardez les yeux, pas les bouches.
- Le silence qui réfléchit : les regards partent en l'air ou vers la table, quelqu'un prend son stylo. Il faut du temps. Attendez.
- Le silence qui n'a pas compris : les participants se regardent entre eux, sourcils froncés. La question est floue.
- Le silence prudent : les regards glissent vers le chef. La question est risquée devant lui.
- Le silence épuisé : regards vides, dos contre le dossier. Ce n'est pas la question, c'est l'énergie.
Côté animateur, le vrai problème est ailleurs. Sept secondes de silence paraissent une minute quand on est debout devant le groupe. La plupart des débutants craquent avant que la première idée ait eu le temps d'arriver.
Sur le moment, que faire
Comptez dans votre tête jusqu'à dix. Lentement. Gardez le regard sur le groupe, sans insister sur personne, et buvez une gorgée d'eau si ça vous aide à tenir. Souvent, quelqu'un parle à huit.
Si rien ne vient, ne reposez pas la même question en plus long. Changez la forme, selon le silence que vous lisez.
- Il réfléchit : « Je vous laisse une minute, chacun pour soi, notez une ou deux idées sur un post-it. »
- Il n'a pas compris : « Je crois que ma question est mal posée. Je la dis autrement : qu'est-ce qui vous a fait perdre le plus de temps ce mois-ci ? »
- Il est prudent : « Tournez-vous vers votre voisin, deux minutes, et dites-vous ce que vous en pensez vraiment. On mettra en commun sans dire qui a dit quoi. »
- Il est épuisé : « Je sens que ça fatigue. On se lève, on fait une pause de cinq minutes, on reprend là. »
Vous pouvez aussi nommer le silence à voix haute, calmement : « Le silence me dit quelque chose. Est-ce que la question est floue, ou est-ce qu'elle est délicate ? » Cette phrase débloque souvent la salle, parce qu'elle autorise à dire que c'est délicat.
Le geste qui marche presque toujours : passer par l'écrit, puis par les binômes. C'est la logique du 1-2-4-Tous. Personne n'a à se lancer seul devant tout le monde.
Avant la session, comment l'éviter
La plupart des silences sont fabriqués par la question. « Qu'en pensez-vous ? » ne demande rien. « Avez-vous des questions ? » appelle un non. Une bonne question est concrète, ouverte, et porte sur quelque chose que les gens ont vécu.
Rédigez vos questions clés à l'avance. Dites-les à voix haute chez vous. Si vous hésitez en la lisant, la salle hésitera aussi. La page sur les questions puissantes donne la méthode.
Affichez la question au mur ou à l'écran. Une question entendue une fois s'évapore. Une question écrite, on peut la relire pendant qu'on cherche.
Et faites parler chacun dans les dix premières minutes. Quelqu'un qui a déjà entendu sa voix dans la salle reparle beaucoup plus facilement.
Après la session
Notez les questions qui sont tombées à plat. Toutes. C'est votre meilleur matériau de progression. Demandez-vous pour chacune : trop large, trop risquée, mal placée dans la journée ?
Si le silence était prudent, dites-le au commanditaire, sans nommer personne : « Sur ce sujet, le groupe ne parle pas devant sa hiérarchie. » C'est une information sur l'organisation, pas sur votre animation.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire
- Répondre à votre propre question. Vous apprenez au groupe qu'il suffit d'attendre pour que vous fassiez le travail.
- Interroger quelqu'un par surprise, par son prénom. Il répondra, et tous les autres baisseront les yeux à la question suivante.
- Reformuler trois fois d'affilée. Chaque nouvelle version brouille la précédente.
- Remplir avec un « bon, on passe à la suite ». La salle retient que ses silences font avancer le programme.