D'abord, le mot
Faciliter vient du latin facilis, « facile ». Le facilitateur rend facile, ou du moins possible, ce qu'un groupe peine à faire seul : penser ensemble, se parler franchement, décider.
Les assemblées, les conseils, les palabres existent depuis toujours. Ce qui est récent, c'est l'idée qu'une personne puisse se consacrer au processus de la discussion sans prendre part au contenu. Cette idée a une histoire.
Kurt Lewin et la dynamique de groupe
Kurt Lewin, psychologue né en Allemagne et installé aux États-Unis dans les années 1930, popularise l'expression « dynamique de groupe ». Son intuition : un groupe n'est pas une addition d'individus. Il a ses propres forces, ses propres règles, et on ne comprend un comportement qu'en regardant le champ dans lequel il se produit.
Avec ses collaborateurs, il compare des groupes conduits de façon autoritaire, démocratique ou en laisser-faire. Pendant la guerre, ses travaux sur les habitudes alimentaires suggèrent qu'une décision prise en discussion de groupe tient mieux qu'une consigne donnée en conférence. On retrouve cette idée dans chaque atelier aujourd'hui. On lui doit aussi la recherche-action : comprendre un système en cherchant à le changer avec ceux qui le vivent. Voir la page dynamiques de groupe.
Les T-groups
À la fin des années 1940, lors d'un séminaire aux États-Unis, l'équipe de Lewin discute le soir de ce qu'elle a observé dans la journée. Des participants demandent à assister à ces échanges. Ils entendent parler de leur propre comportement, réagissent, corrigent. Les chercheurs découvrent que le groupe apprend énormément en observant son propre fonctionnement.
De là naissent les T-groups, pour training groups : des groupes sans ordre du jour, dont le sujet est le groupe lui-même. Le rôle de l'animateur n'est plus de transmettre, mais d'aider le groupe à voir ce qui se passe en lui. C'est un ancêtre direct de la posture du facilitateur.
Edgar Schein et le processus consultatif
À la fin des années 1960, Edgar Schein, professeur au MIT, décrit le processus consultatif. Il distingue le consultant qui apporte une expertise, celui qui pose un diagnostic comme un médecin, et celui qui aide le client à comprendre et à améliorer ses propres processus. Le troisième ne donne pas la réponse. Il aide à la trouver.
Cette distinction fonde la différence entre conseil et facilitation, détaillée sur la page facilitation ou conseil.
Le métier se structure
Au milieu des années 1990, Sam Kaner et ses collègues publient un guide de la prise de décision participative, devenu un classique. On y trouve le diamant de la participation et sa zone de grogne.
En 1994 est fondée l'International Association of Facilitators, qui réunit des facilitateurs de nombreux pays. Elle formalise un code d'éthique, un référentiel de compétences et une certification professionnelle. La facilitation devient un métier qu'on peut décrire, apprendre et évaluer. Voir la certification du facilitateur.
Les grands formats participatifs
- Le forum ouvert, conçu par Harrison Owen dans les années 1980, part d'un constat : les échanges les plus utiles d'un colloque ont lieu pendant les pauses café. Le format en fait le cœur de l'événement.
- L'Appreciative Inquiry, formulée par David Cooperrider dans les années 1980, fait partir le changement de ce qui fonctionne déjà.
- Le World Café, créé par Juanita Brown et David Isaacs au milieu des années 1990, fait tourner les participants de table en table autour de questions fortes.
- Les Liberating Structures, rassemblées par Henri Lipmanowicz et Keith McCandless dans les années 2000, proposent 33 microstructures pour faire participer tout le monde.
Ces formats ont un point commun : ils montrent qu'on peut faire travailler ensemble des dizaines, voire des centaines de personnes, sans qu'une estrade monopolise la parole.
Et aujourd'hui
La facilitation a quitté les cercles de spécialistes. Elle croise le design, les pratiques agiles, la gouvernance partagée, la conduite du changement. Les réunions à distance ont obligé beaucoup de managers à réapprendre à faire participer un groupe. Le métier se forme, se certifie, se débat. Ses fondations, elles, restent celles des pionniers : le groupe sait des choses qu'aucun de ses membres ne sait seul.
