L'idée
Regardez une réunion ordinaire. Quelqu'un présente, les autres écoutent. Puis vient la discussion ouverte, où parlent toujours les trois mêmes. Ce ne sont pas les gens qui posent problème. Ce sont les structures : elles décident, sans le dire, qui parle, combien de temps, avec qui.
Les Liberating Structures changent la structure, pas les gens. Une consigne précise, un temps court, des groupes qui changent de taille, et soudain le stagiaire parle autant que le directeur. C'est l'antidote direct aux réunions où ce sont toujours les mêmes qui parlent.
D'où ça vient
Henri Lipmanowicz, ancien dirigeant dans l'industrie pharmaceutique, et Keith McCandless, consultant en organisation, ont rassemblé et formalisé ces structures dans les années 2000. Ils les ont publiées sous licence libre : tout le monde peut les utiliser, les adapter et les transmettre.
Une communauté internationale de praticiens les fait vivre, avec des groupes d'utilisateurs dans de nombreuses villes, dont plusieurs en France.
Comment ça marche
Chaque structure se décrit par cinq éléments. Si vous les connaissez, vous pouvez lire n'importe laquelle en une minute :
- une invitation, c'est-à-dire la question ou la consigne ;
- l'aménagement de l'espace et le matériel ;
- la façon dont la participation est distribuée ;
- la configuration des groupes : seul, à deux, à quatre, tous ;
- la séquence des étapes et le temps donné à chacune.
Les concepteurs ont aussi écrit dix principes. Trois suffisent pour démarrer : inclure et libérer tout le monde ; ne jamais commencer sans un objectif clair ; construire la confiance au fur et à mesure.
Sur ce site, sept fiches détaillent les structures les plus utiles pour débuter : 1-2-4-Tous pour faire réfléchir tout le monde, Troïka pour l'entraide entre pairs, Solutions quinze pour cent pour agir sans attendre, 25/10 pour trier des idées à grande échelle, TRIZ pour arrêter ce qui nuit, Quoi ? Et alors ? Maintenant ? pour tirer les leçons d'une expérience, et le réseau express pour ouvrir une session.
Ce que ça change pour le facilitateur
Vous arrêtez de concevoir des ateliers comme une suite de « temps d'échange ». Chaque séquence a une structure nommée, une consigne écrite, un chronomètre. Le déroulé devient une chaîne : une structure pour ouvrir, une pour explorer, une pour trier, une pour décider qui fait quoi.
Vous lâchez le micro. En 1-2-4-Tous, vous ne parlez presque pas : vous lancez, vous chronométrez, vous récoltez. Pour beaucoup de facilitateurs, c'est la vraie conversion.
Exemple de chaîne pour une demi-journée : réseau express pour entrer, TRIZ pour lister ce qu'on fait et qui sabote le projet, 1-2-4-Tous pour choisir ce qu'on arrête, Solutions quinze pour cent pour que chacun reparte avec un premier pas.
Les limites
La mécanique peut devenir un tic. Enchaîner six structures dans une matinée donne le tournis et l'impression d'un jeu. Deux ou trois bien choisies valent mieux qu'un catalogue.
Les temps courts frustrent les sujets lourds. Une question qui demande une heure de débat ne se règle pas en cinq minutes par quatre. Allongez, ou choisissez une autre forme.
La traduction française des consignes compte. Une consigne mal traduite, lue sur une diapositive, perd tout son effet. Réécrivez-la avec vos mots et testez-la à voix haute.
Exemple type
Un comité de pilotage de vingt personnes n'avance plus sur un projet informatique. La séance s'ouvre sur TRIZ : « Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour garantir que ce projet échoue ? » Rires, puis silence : la moitié de la liste décrit ce que le groupe fait déjà. 1-2-4-Tous fait émerger trois comportements à arrêter. Solutions quinze pour cent clôt la séance : chacun écrit ce qu'il peut faire dès lundi, sans autorisation ni budget.