Ce que vous vivez
Vous voulez que votre équipe décide davantage par elle-même. Vous avez lu sur l'intelligence collective, vous organisez des ateliers. Mais quand vous posez une question, tout le monde vous regarde pour deviner la bonne réponse. Quand vous dites « c'est vous qui décidez », personne ne vous croit tout à fait. Et quand l'équipe propose quelque chose que vous trouvez mauvais, vous ne savez pas si vous devez le dire.
Vous êtes à la fois celui qui anime et celui qui décide. C'est inconfortable, et c'est normal.
Ce qui se passe vraiment
Un manager qui facilite son équipe est juge et partie. Il a un avis sur le contenu, il a du pouvoir sur les personnes, et tout le monde le sait. La neutralité du facilitateur, qui est le cœur du métier, lui est inaccessible. Ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas faciliter. Ça veut dire qu'il doit le faire autrement, en étant clair sur ce qui est ouvert et ce qui ne l'est pas.
Le pire est de faire semblant d'être neutre. L'équipe le voit, et elle cesse de croire aux ateliers.
Ce qu'on fait, concrètement
Pas tous en même temps. Commencez par celui qui vous paraît le plus simple.
Dire votre double rôle. « Aujourd'hui j'anime, et c'est moi qui déciderai à la fin, en tenant compte de ce que vous direz. » La clarté remplace la neutralité impossible.
Annoncer ce qui est ouvert. Ce qui est décidé, ce qui est négociable, ce qui est entièrement à l'équipe. Voir les modes de décision.
Parler en dernier. Donnez votre avis après tout le monde, jamais avant. Sinon l'équipe s'aligne.
Utiliser des structures. Écriture silencieuse, binômes, vote à l'aveugle : elles protègent la parole de l'équipe contre votre influence, même involontaire.
Poser des questions que vous ne maîtrisez pas. Si vous connaissez déjà la réponse, ce n'est pas une question, c'est une vérification.
Prévenir, la prochaine fois
Pour les sujets où votre position vous empêche d'être crédible, un budget, une réorganisation, un conflit dans l'équipe, faites faciliter par quelqu'un d'autre : un collègue d'un autre service, un facilitateur interne, ou un externe. Vous devenez alors un participant, et c'est souvent libérateur.
Quand se faire aider
C'est exactement le sujet de la formation manager facilitateur d'Insuffle Académie, trois jours pour les managers qui veulent animer autrement que par la présentation descendante, en assumant leur rôle de décideur.
Vos questions
Ce qu'on nous demande sur ce sujet, et ce qu'on répond.
Un manager peut-il faciliter sa propre équipe ?
Oui, mais pas en prétendant être neutre : il est juge et partie. Il doit dire son double rôle, annoncer ce qui est ouvert et ce qui ne l'est pas, parler en dernier et utiliser des structures qui protègent la parole de l'équipe.
Quand faire appel à un facilitateur extérieur plutôt que faciliter soi-même ?
Quand la position du manager l'empêche d'être crédible : un budget, une réorganisation, un conflit dans l'équipe. Il devient alors participant, ce qui est souvent libérateur pour tous.
