Ce que vous vivez
Au cadrage, vous comprenez peu à peu que la décision est prise. La direction veut un atelier « pour embarquer les équipes », « pour que ça vienne d'eux ». On vous demande de faire émerger une conclusion que vous avez déjà sous les yeux, dans un document que les participants n'ont pas vu.
Vous pouvez le faire. Vous savez que le groupe le sentira.
Ce qui se passe vraiment
C'est la fausse participation, et c'est le pire des cas. Pire qu'une décision annoncée franchement. Parce que le groupe finit toujours par comprendre que la réponse était écrite, et il en tire une leçon durable : les ateliers, ici, c'est du théâtre. La prochaine fois, il ne participera pas, même quand ce sera sincère.
Le commanditaire n'est souvent pas cynique. Il croit sincèrement qu'impliquer les gens, même après coup, fera passer la décision. Il ne mesure pas ce que coûte le moment où ils découvrent le décor.
Ce qu'on fait, concrètement
Pas tous en même temps. Commencez par celui qui vous paraît le plus simple.
Le dire au commanditaire. Au cadrage, simplement : « si la décision est prise, le groupe le sentira. On peut faire mieux. » C'est le moment où le facilitateur est le plus utile.
Séparer ce qui est décidé de ce qui est ouvert. Presque toujours, le quoi est décidé mais le comment ne l'est pas. Annoncez le premier franchement, faites travailler le groupe sur le second, sincèrement.
Annoncer le mode de décision. « La direction a décidé de réorganiser. Aujourd'hui, c'est vous qui dessinez comment. » C'est de la consultation, dite, et c'est respectable.
Refuser si nécessaire. Si rien n'est ouvert, il n'y a rien à faciliter. Une réunion d'information honnête vaut mieux qu'un atelier alibi. Un facilitateur peut dire non.
Tenir sa neutralité. Le facilitateur n'est pas là pour vendre la décision. S'il le fait, il perd la confiance du groupe et celle des sessions suivantes.
Prévenir, la prochaine fois
La question qui démasque un atelier alibi au cadrage : « si le groupe arrive à une conclusion différente de la vôtre, que se passe-t-il ? » Si la réponse est gênée, vous savez. Voir la page préparer une session.
Quand se faire aider
Transformer un atelier alibi en vraie démarche, c'est un travail avec le commanditaire avant d'être un travail avec le groupe. C'est ce que fait le cabinet Insuffle au cadrage de chaque intervention, et c'est parfois là qu'il dit que ce n'est pas le bon moment.
Vos questions
Ce qu'on nous demande sur ce sujet, et ce qu'on répond.
Qu'est-ce qu'un atelier alibi ?
Un atelier présenté comme participatif alors que la décision est déjà prise. Le groupe finit toujours par le comprendre et en tire une leçon durable : ici, les ateliers sont du théâtre. C'est pire qu'une décision annoncée franchement.
Que faire si le commanditaire a déjà décidé ?
Le lui dire au cadrage, puis séparer ce qui est décidé de ce qui reste ouvert : souvent, le quoi est tranché mais le comment ne l'est pas. On annonce le premier franchement et on fait travailler le groupe sincèrement sur le second.
