La décision par consentement ne demande pas que tout le monde soit d'accord. Elle demande que personne n'ait d'objection argumentée. La nuance change tout : on ne cherche plus la meilleure solution pour chacun, mais une solution assez bonne pour avancer, et assez sûre pour être essayée.
D'où ça vient
Elle vient de la sociocratie, formalisée aux Pays-Bas par Gerard Endenburg à partir des années 1970, et reprise ensuite par d'autres modèles de gouvernance partagée. Son principe tient en une question : « Y a-t-il une raison pour laquelle cette proposition nous ferait du tort ou nous empêcherait d'avancer ? »
Quand l'utiliser
Quand un groupe doit décider ensemble et que le consensus prend trop de temps ou n'arrive jamais. Quand une décision peut être révisée, et qu'il vaut mieux essayer que discuter indéfiniment. Pour des règles de fonctionnement, des choix d'organisation, des priorités d'équipe. De trois à une quinzaine de personnes.
Quand ne pas l'utiliser
Quand une décision est irréversible et lourde : le principe « assez bon pour essayer » suppose qu'on puisse revenir en arrière. Et quand la décision appartient en réalité à une seule personne : faire semblant de décider ensemble est pire que de dire qui décide.
Le déroulé
Les durées sont indicatives. C'est le groupe qui décide du rythme, pas le chronomètre.
Présenter la proposition. Une proposition claire, écrite, portée par quelqu'un. On ne consent pas à un sujet, on consent à une proposition.
Tour de clarification. Chacun pose ses questions de compréhension, sans donner d'avis. Le porteur répond.
Tour de réactions. Chacun donne son avis en une phrase ou deux, sans débat. Le porteur peut ensuite ajuster sa proposition s'il le juge utile.
Tour d'objections. Le facilitateur demande à chacun : as-tu une objection ? Une objection est un argument montrant que la proposition nuit au groupe ou l'empêche d'atteindre son but, pas une préférence.
Traiter les objections, ou décider. S'il n'y en a pas, la décision est prise. S'il y en a, le groupe améliore la proposition pour la lever, puis refait un tour. On fixe aussi une date pour revoir la décision.
Les pièges
Confondre objection et préférence. « J'aurais préféré autre chose » n'est pas une objection. Le facilitateur doit aider chacun à faire la différence, sans quoi le consentement devient un droit de veto.
Le silence qui vaut consentement. Si les gens se taisent parce qu'ils n'osent pas objecter, la décision n'a aucune légitimité. Le tour doit être individuel, chacun répondant à voix haute.
Oublier la révision. « Assez bon pour essayer » suppose qu'on revoie. Sans date de révision, on a juste décidé vite.
Variantes
L'élection sans candidat, autre pratique de la sociocratie, applique le même principe au choix d'une personne pour un rôle. Et le consentement rapide, une main levée pour dire « pas d'objection », suffit pour les petites décisions quotidiennes d'une équipe habituée.
Vos questions
Ce qu'on nous demande sur ce sujet, et ce qu'on répond.
Qu'est-ce que la décision par consentement ?
Un mode de décision où une proposition est adoptée quand personne n'a d'objection argumentée, sans exiger que tout le monde soit d'accord. Il vient de la sociocratie et vise une solution assez bonne pour avancer et assez sûre pour être essayée.
Quelle différence entre consentement et consensus ?
Le consensus cherche l'accord de tous ; le consentement cherche l'absence d'objection. On peut consentir à une proposition qu'on n'aurait pas choisie, à condition qu'elle ne nuise pas au groupe.
Qu'est-ce qu'une objection valable ?
Un argument montrant que la proposition nuit au groupe ou l'empêche d'atteindre son but. Une préférence personnelle n'est pas une objection. Toute objection sert à améliorer la proposition.
