À quoi ça sert
Les boîtes savent empiler. Nouveaux projets, nouveaux rituels, nouveaux outils. Elles savent rarement arrêter. La TRIZ fait de la place : elle pointe les habitudes qui sabotent le résultat et que personne n'ose nommer.
L'inversion débloque la parole. Dire « nos réunions ne servent à rien » devant le directeur, c'est risqué. Écrire « pour avoir des réunions inutiles, invitez tout le monde et ne décidez rien » dans un exercice de dérision, c'est permis. Le groupe dit la même chose, avec une porte de sortie.
D'où ça vient
Le nom renvoie à la TRIZ, la théorie de résolution des problèmes inventifs développée en URSS par Genrich Altshuller. La version décrite ici n'en garde qu'une idée : l'inversion. Elle fait partie des Liberating Structures de Henri Lipmanowicz et Keith McCandless, et ne demande aucune formation à la méthode d'origine.
Quand l'utiliser, et quand s'en passer
- Quand une équipe tourne en rond sur un problème connu depuis des années.
- Quand les bonnes résolutions s'accumulent sans effet.
- Quand un sujet est gêné : le détour par l'absurde permet d'aborder un sujet tabou sans accuser personne.
- Pour préparer un plan d'action, en commençant par ce qu'on supprime.
À éviter dans un groupe en souffrance réelle (plan social, deuil, conflit ouvert) : l'humour de l'exercice tombera à plat, ou blessera. À éviter aussi si le premier responsable des habitudes listées est dans la salle et n'est pas prêt à l'entendre. Parlez-en avec lui avant.
La consigne qui fait tout
La question inverse doit viser un résultat qui compte vraiment pour le groupe. Et elle doit être formulée avec un peu d'exagération, sinon personne ne joue.
- « Comment être sûrs que nos nouveaux arrivants démissionnent avant la fin de leur période d'essai ? »
- « Comment organiser un comité de direction dont tout le monde sort épuisé, sans décision, en se méfiant des autres ? »
- « Comment faire fuir nos meilleurs clients en moins d'un an, sans jamais qu'on puisse nous le reprocher ? »
À la deuxième étape, la question exacte est : « Est-ce qu'on fait déjà quelque chose qui ressemble, même un peu, à ça ? » Le « même un peu » est essentiel. Il autorise la nuance et empêche le groupe de se défausser.
Variantes et combinaisons
Chaque étape peut se faire en 1-2-4-Tous : seul, à deux, à quatre, puis en plénière. C'est la version la plus sûre dans un groupe hiérarchique. Pour un CODIR de huit, faites les deux premières étapes en binômes et la troisième ensemble.
Enchaînez naturellement sur les solutions à quinze pour cent : « parmi ce qu'on arrête, qu'est-ce que vous pouvez arrêter vous-même, dès lundi ? » La TRIZ vise des habitudes. Pour les risques d'un projet précis, le pre-mortem est plus adapté.