À quoi ça sert
Demandez à une équipe « qu'est-ce qui ne va pas ? » et vous obtenez soit le silence, soit un règlement de comptes. Demandez-lui « quelles ancres retiennent le bateau ? » et les réponses arrivent. Même contenu. Autre distance.
Le speed boat sert à faire le point sur un projet, une équipe ou une stratégie, en quatre zones qui couvrent l'essentiel : l'objectif, les forces, les freins, les risques. En une heure, le groupe tient une carte partagée de sa situation, et il a choisi par quoi commencer.
D'où ça vient
Il vient des pratiques agiles, où il sert de format de rétrospective. On le retrouve parmi les « Innovation Games » décrits par Luke Hohmann, qui s'en servait pour faire parler des clients de ce qui freinait un produit. La version la plus répandue aujourd'hui, avec vent, ancres, récifs et île, est une évolution portée par les équipes agiles elles-mêmes.
Quand l'utiliser, quand l'éviter
- En rétrospective d'équipe, quand le format habituel s'use.
- Au lancement d'un projet, en version prospective : quelles ancres risquent de nous retenir ?
- En séminaire, pour faire l'état des lieux d'une stratégie avant d'en débattre.
- Quand le climat est tendu et qu'une métaphore aide à dire les choses.
À éviter quand le groupe a déjà une liste de problèmes claire et attend des décisions : le bateau lui fera refaire le constat. Avec un CODIR qui trouve les métaphores enfantines, présentez-le comme une grille à quatre zones, pas comme un dessin. Même outil, autre emballage.
La consigne qui fait tout
Chaque zone a besoin de sa question. Si vous dites juste « les ancres », vous obtenez des mots isolés, « communication », « process », qui ne servent à rien. Exigez des phrases avec un verbe.
- Île : « Où voulons-nous être dans six mois ? Écrivez-le comme si c'était fait : nous avons... »
- Vent : « Qu'est-ce qui nous a fait avancer ces derniers mois et qu'il faut garder ? »
- Ancres : « Qu'est-ce qui nous ralentit aujourd'hui ? Un fait que vous pourriez montrer, pas une impression. »
- Récifs : « Qu'est-ce qui pourrait nous couler dans les mois qui viennent si on ne fait rien ? »
Ajoutez une règle pour les ancres : on décrit une situation, jamais une personne. « Les demandes arrivent par trois canaux différents » plutôt que « le service commercial n'en fait qu'à sa tête ».
Variantes
Les ancres pondérées. Chacun dessine la longueur de la corde : plus elle est longue, plus le frein pèse. Le tri visuel est immédiat. Le bateau solo puis collectif. Chacun remplit un petit bateau sur une feuille A4 pendant cinq minutes, puis on consolide sur le grand. Indispensable si quelques voix parlent toujours pour les autres. La montgolfière. Même principe, avec des sacs de sable (ce qu'on peut lâcher) et de l'air chaud. Pratique pour parler de ce qu'on arrête.Avec quoi le combiner
Le bateau produit un état des lieux. Il faut ensuite choisir. Enchaînez avec une matrice impact / effort sur les ancres, ou un vote par gommettes pour désigner les deux ancres à lever d'abord.